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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 18:00

 

6ème étape

  

Rostrenen – Châteauneuf du Faou

 

58 kilomètres

 

Il fait toujours beau ce matin. La nuit a permis de reconstituer notre réserve d’énergie. Bagages rechargés, vélos vérifiés, nous quittons l’hôtel « Henry IV », non sans avoir posé la question pourquoi Henry IV ? Il n’était pas breton que nous sachions. En fait le nom viens de ce que le premier propriétaire de l’hôtel se prénommait Henry et que c’était le quatrième établissement qu’il tenait, ça ne s’invente pas ! 

IMGP5638.JPGComme décidé hier soir, nous rejoignions le canal sur la route de Glomel, au pont-ar-Len. Après un arrêt photo au point culminant du canal, nous nous engageons dans la grande tranchée du camp de Glomel, appelée aussi la tranchée des bagnards. L’histoire de cette tranchée vaut d’être connue. Longue de plus de trois kilomètres de long, vingt trois mètres de profondeur et cent mètres de large, les travaux à réaliser sont si importants qu’il est décidé de faire appel aux 600 forçats du bagne de Brest, déserteurs de l’armée de Louis XVIII. Les condamnés aux travaux forcés à perpétuité ont la promesse d’une grâce. Le camp de Glomel est construit à la Lande Perran en 1822. Les conditions de vie et d’hygiène y sont épouvantables. Trois millions de mètres cubes de terre seront enlevés à la pelle et à la pioche pour permettre la réalisation de la tranchée. En 1834 le camp fût détruit par une épidémie de choléra. Au départ des bagnards, il ne restait plus que cent quarante mille mètres cubes de terre à enlever. Le travail sera achevé par des entreprises locales. Une passerelle métallique datant de 1875 et située au milieu de la tranchée, permet d’aller vers une fontaine appelée Fontaine du bagne.

Le long de cette tranchée nous trouvons une série de panneaux donnant des informations sur la vie à l’époque de la mise en service du canal. Un à retenu notre attention. Il relate la conversation d’un charretier avec son cheval sur les conséquences de l’ouverture du canal :

5642-1-copie.jpg« Ah ! Mon pauvre Bijou, c’est fini pour nous ! Tu te rends compte, si tu étais plus jeune, tu pourrais tirer 10 fois plus de poids sur le canal que sur le hent kar.

Tiens, c’était en…en 42, ils sont tous venus, même le préfet, pour inaugurer le canal. Tout passe par ici maintenant. Un marinier m’a dit qu’il avait transporté, dans son année, 496 tonnes de noir animal, 20 tonnes de sable de mer, 21 tonnes de froment et plein d’autres choses

Il y en a qui passent, on ne sait même pas ce qu’ils répondent quand on leur parle en breton.

Quand on pense combien ça coûte, y’en a qui disent 4 millions 5 cents mille francs. C’est tellement que je compte en maisons : ça fait une chacun à Rostrenen.

Je ne suis pas prophète, comme on dit dans les écoles, mais je sais bien ce qui va arriver, moi !

A force de diviser les chevaux par cent et les chapeaux par trente, ils vont finir par inventer le chômage. Au bourg il y a le marc’h gwen, où on boit des bolées de cidre, et maintenant ils vont faire des march du pour mettre sur les bateaux… pourquoi pas en mettre aussi sur les charrettes ? Us ! Bah : On n’arrête pas le progrès ! Ya wa rog Bijou… »

Déjà à cette époque on pensait aux éventuelles conséquences du modernisme…

 

IMGP5645.JPG

A la sortie de la tranchée nous arrivons sur l’escalier d’écluses de Saint Péran. Quinze écluses se succèdent pour compenser la dénivelée. Il est possible de les franchir en canoë-raft ou kayak, grâce à des glissières aménagées. Quelques écluses plus loin nous rencontrons effectivement un groupe d’une quinzaine de jeunes kayakistes accompagné d’un moniteur qui explique comment passer les écluses et utiliser les glissières.

A l’écluse de Stang-ar-Vran nous trouvons un groupe de trois couples, dont un en tandem, en grande discussion pour savoir qui va monter la route pour aller chercher le ravitaillement au village du Moustoir. Après quelques mots amicaux échangés nous continuons notre route, ou plutôt notre chemin de halage. Dix kilomètres plus loin nous atteignons le port de Carhaix. Malgré la voie verte qui nous y invite, nous ne monterons pas jusqu'à Carhaix-Plouguer où le festival des vieilles charrues est en cours de préparation. Nous continuons jusqu’au Pont Triffen où nous décidons de déjeuner et faire tamponner notre carte de route. Pont Triffen est un lieu à cheval sur trois communes où, dans un étroit espace de trois cent mètres, se côtoient le confluent de l’Hyère et de l’Aulne canalisée, que nous allons suivre maintenant, une route départementale, une route nationale et une ancienne voie de chemin de fer. Dans le village il existe quelques maisons, mais aussi un bar-épicerie, une crêperie-pizzeria-grill, et un centre d’interprétation sur l’eau. Notre choix se porte sur la crêperie. 

 IMGP5652A 14 heures nous enfourchons nos destriers à pédales et envisageons de nous rendre le plus rapidement possible à Châteauneuf du Faou terme de l’étape. Il est 15 heures quand nous nous arrêtons à la borne indiquant le kilomètre 300 du canal, photo oblige et rafraichissement aussi, car il fait très chaud. D’autres arrêts photos se succéderont avant d’arriver enfin au port de Châteauneuf du Faou où nous marquons une pose rafraichissement salvatrice, au café du port, évidemment ! 

 La journée n’est pourtant pas finie, il nous reste à rejoindre notre hôtel situé en centre ville, trois cent mètres à vol d’oiseau. Toutefois, la route en lacets qui nous y mène a un kilomètre de longueur, avec une pente à 6%. Enfin le relais de Cornouaille est en vue. Nous y sommes bien accueillis. Nous rejoignons notre chambre et après le rituel d’arrivée, bichonnés et recoiffés nous partons à la découverte de la localité.

Localité de 3 500 habitants, Châteauneuf-du-Faou est riche de quelques monuments. Le Pont du Roy XVIIe siècle (Pen ar pont) composé de six arches, que nous avons vu au port. Par contre il ne reste plus de trace du château qui a donné son nom à la ville. Deux chapelles, Notre Dame des Portes et Saint Ruellin du Moustoir et l’église Saint Julien sont les principaux édifices religieux. Mais il est un monument historique inscrit depuis 1995, a ne pas manquer, c’est la maison de Paul Sérusier, construite en 1906, il la décora lui-même.

Paul Sérusier était un peintre, élève de Gauguin, sous la direction duquel il a peint un tableautin appelé « Le Talisman », et fut le fondateur du groupe des Nabis. Originaire du Nord de la France, il s’installe en Bretagne en 1900 et se consacre à la peinture religieuse ou allégorique. Sa devise est « La beauté est l’amour que nous vouons à un objet ».

IMGP5673En nous promenant, nous trouvons aussi des trésors. Dans une ruelle pavée nous dénichons deux fontaines. En descendant un escalier, en sous sol, se niche la fontaine Saint Jean Baptiste et au bout de la ruelle, en plein air, la fontaine Saint Julien. Sur la place André Le Gall, superbement fleurie, est installé un buste de Paul Sérusier. Cette rencontre avec la peinture nous rappelle qu’il est temps d’aller nous restaurer. En arrivant à l’hôtel nous retrouvons le groupe que nous avions vu à hauteur du village de Moustoir. Mais il n’était plus que deux couples, les tandémistes les ayant quittés pour continuer dans une autre direction.

Devant un verre nous apprenons qu’ils viennent d’Angers. Après avoir fait le bord de Loire jusqu’à Nantes ils se rendent à Châteaulin eux aussi. Tout nouveaux retraités ils parcourent la France à vélo depuis de nombreuses années, mais ne font pas partie d’un club et sont non licenciés. A la question « Pourquoi ? » La réponse est « On veut rester libre! ». Une remarque à méditer dans les clubs de cyclotourisme, celui-ci étant un sport loisir où la convivialité et la liberté sont dans les fondamentaux. Il serait souhaitable que cela se sache.

La conversation se prolonge, mais il faut penser à manger et à dormir car demain sera la journée de l’aboutissement de notre voyage. Cette journée où on est heureux de constater la réussite du projet et un peu triste que « l’aventure » soit terminée. Mais bon, on verra demain !

 

 

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